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Les origines du MRP
Les origines du MRP
par Jacques MALLET
De ce fait un nouvel espace s'ouvrait devant l'équipe des résistants, porteurs d'un nouvel
idéal humaniste, social et démocratique, où les hommes du MRP n'étaient pas des ralliés mais
des fondateurs.
Les Catholiques libéraux
La première a surgi avec la rupture que la révolution française, issue de l'idéologie rationaliste
des "Lumières", a provoqué entre la République et les Catholiques.
La Révolution de 1848 , à la différence de celle de 1830, n'eut aucun caractère anti-catholique. On vit un peu partout le clergé bénir la plantation "d'arbres de la liberté". Le Dominicain Lacordaire, grand orateur aux idées sociales avancées, fut élu député et créa, avec son ami Ozanam, un grand journal démocratique "l'Ere nouvelle". Ce mouvement riche d'espérance ne survécut pas malheureusement aux journées sanglantes de juin 1848 et au coup d'Etat du 2 décembre 1851 créant le second Empire. L'alliance du trône et de l'autel se reconstitua à cette occasion et lorsque la IIIème république naquit - à une voix de majorité - après la défaite de 1870 et l'échec de la tentative de restauration monarchique, les républicains se heurtèrent à l'hostilité du clergé et adoptèrent des positions anti-cléricales. L'affaire Dreyfus déclencha ensuite une agitation anti-républicaine, à laquelle participa la grande masse des Catholiques. Résultat : la formation d'un bloc des gauches et la politique anti-religieuse du gouvernement d'Emile Combes de 1902 à 1905. L'idée s'est alors ancrée dans beaucoup d'esprits qu'on ne pouvait être à la fois bon catholique et bon républicain. Le pape Léon XIII comprit le danger d'une telle situation et conseilla aux Catholiques, en 1892, le "ralliement" sans arrière-pensée aux institutions républicaines.
Les Catholiques sociaux
Le catholicisme libéral était né du refus de la rupture entre le catholicisme et la démocratie. Il a, pour
l'essentiel, accompli sa mission historique, même si subsistent quelques difficultés à propos de la laïcité -
quand on la transforme en laïcisme sectaire. La désignation pour la première fois de chefs de gouvernements
catholiques (Georges Bidault, Robert Schuman) au début de la IVème République montre bien qu'une page a été
définitivement tournée..
Le Sillon
Ce fut surtout l'époque du "Sillon" de Marc Sangnier, - créé en 1894 dans la crypte de l'école Stanislas -
dont l'action, qui eut un extraordinaire rayonnement dans la jeunesse française, se situe au confluent des Catholiques
libéraux et des Catholiques sociaux.
Le Parti démocrate populaire
Au lendemain de la guerre de 1914-1918 il n'y avait rien entre la droite respectueuse de l'Eglise mais conservatrice
et nationaliste et la gauche, progressiste et anti-cléricale, ou marxiste. Pour combler ce vide, que la Jeune République
créée en 1912 par Marc Sangnier, n'avait pu combler, des démocrates d'inspiration chrétienne fondèrent en 1924 le Parti
Démocrate Populaire (PDP). Mais le système électoral à deux tours broyant le centre "comme le froment entre deux meules",
pour reprendre l'expression de Georges Bidault, ne lui a jamais permis - avec un effectif de 18 députés - de devenir une
force politique importante, malgré la qualité de ses dirigeants (Champetier de Ribes, Raymond Laurent, etc..) et la
richesse de ses idées.
Conclusion
Cette évocation sommaire d'un courant de pensée et d'action qu'on peut baptiser "démocrate d'inspiration chrétienne"
(il n'a jamais été un mouvement "confessionnel", étroitement dépendant de l'Eglise et de la pratique religieuse) met
en lumière sa continuité et sa persistance au travers des péripéties de l'histoire. A-t-il aujourd'hui disparu ? les
apparences sont souvent trompeuses. D'abord il ne se réduit pas à un parti. Aujourd'hui l'héritage du "Sillon" et du
MRP déborde les frontières de la gauche et de la droite. D'autre part et surtout ceux que l'on appelle sommairement des
"démocrates chrétiens" "venaient, comme le dit Pierre-Henri Teitgen, d'une longue histoire au cours de laquelle ils
avaient surgi, puis disparu, comme un ruisseau qui, à quelques kilomètres de sa source, devient souterrain puis revient
en surface pour disparaître à nouveau et réapparaître". Jacques Mallet
Président de l'Amicale du MRP |
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